L’Église ne peut pas rester muette quand la dignité de la société est fragilisée

Dialogue avec le président

Début mars, le pasteur Steven H. Fuite a envoyé une lettre au National Council of Churches of Christ in the United States of America dans laquelle il s’exprime au nom de l’EPUB et partage son inquiétude par rapport au populisme croissant des deux côtés de l’Atlantique.

Pourquoi cette lettre ?

Pasteur Fuite : « Car la tendance populiste qui apparaît en Europe m’inquiète réellement. Elle est visible plus que jamais dans les élections qui auront lieu prochainement dans nos pays voisins. D’après moi, les conséquences de cette tendance sont plus perceptibles depuis que Donald Trump est président des États-Unis. Je lis sur les sites web de plusieurs églises américaines que la préservation des droits fondamentaux les préoccupe grandement. Cette lettre entend donc être un geste d’encouragement et un signe de fraternité. »

Quel est le fond de cette lettre ?

« En périodes de craintes et de chaos, il compréhensible que l’on se tourne vers des solutions faciles mais l’histoire nous a appris que ces solutions sont rarement salutaires. Tout comme la primauté de l’intérêt propre, la construction de murs et le rejet de tout ce qui est étranger n’ont jamais amélioré la société. »

Vous ne racontez rien de nouveau ?

« C’est vrai. Mais en périodes de troubles, il est bon d’expliquer clairement les choses. Il faut se rendre compte que les valeurs fondamentales n’existent pas que quand tout va bien mais également quand la société se disloque. Quand des personnes désespérées font appel à nous, nous refusons de les aider à cause de notre propre intérêt. Quand les mensonges et la roublardise ont plus de chances que la vérité et la sincérité. Exprimer cela nous fait à nouveau prendre conscience des valeurs fondamentales. Partager ces valeurs avec les autres ne nous rend pas impuissants. »

Au fond, pourquoi l’Église se soucie-t-elle de cela ?

« Car ce qui risque d’arriver aux États-Unis et dans d’autres pays est tout à fait contraire au cœur de l’Évangile qui nous dit que la société est jugée par rapport à sa capacité à accueillir les étrangers et à nourrir les affamés sans distinction d’origine, de couleur de la peau ou de religion. Une église qui ne s’en soucie pas formellement manque à ses obligations. »

Ne devrions-nous pas simplement faire confiance à Dieu et chercher le sens que tout cela pourrait avoir ?

« C’est pieux mais c’est trop facile. La foi en Dieu ne peut jamais devenir une forme de naïveté irrationnelle qui incite les gens à se reposer plutôt qu’essayer activement d’améliorer les choses. Dans une démocratie ouverte, nous choisissons nous-mêmes nos dirigeants. Donc, il ne suffit pas de s’en laver les mains et de rejeter la responsabilité du résultat des urnes sur Dieu. L’enjeu est de taille : le climat, une société juste et ouverte, la paix universelle. La Bible en mains, nous devons embrasser une cause non des moindres. Ensemble avec le National Council of Churches of Christ USA et toutes les autres églises et religions du monde. »

Interview : Annet Sinnema

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